Rejet de l’Assemblée constituante et consécration du pouvoir personnel
Un Conseil constitutionnel et un mémorandum franc et clair
1- Un Conseil mort-né
Au moment même où culminait la campagne menée par l’UNFP pour l’élection d’une Assemblée constituante, chargée d’élaborer un texte de constitution – qui devait, sur l’approbation du roi, être soumis au plébiscite – et où les démarches calomnieuses des adversaires de l’UNFP venaient à échouer, un communiqué du Cabinet royal, rendu public le 27 août 1960, annonça que le roi avait fait part aux membres du gouvernement de son intention de former un Conseil constitutionnel, et de sa décision de nommer membres de cette Assemblée les personnes suivantes :
- parmi le corps des érudits : MM. Mokhtar Soussi, ministre et membre du Conseil de la Couronne, Rahhal Farouki, Mohamed Daoud et Abdallah Guennoune ;
- parmi le corps juridique : MM. Abderrahmane Chefchaouni, Ahmed Hamiani, Ahmed Bahnini et Omar Benkhadra ;
- enfin, parmi les hommes politiques : MM. Hormat Allah Ould Babana, Allal Fassi, Mohamed Hassan Ouazzani, Rachid Mouline, Mahjoubi Aherdane et Abdelhadi Boutaleb.
Ce dernier demandera à être dispensé, et proposera que la question fût soumise aux instances dirigeantes de l’UNFP, ce que fera le roi, demandant au Secrétariat général de l’Union Nationale de lui soumettre une liste de trois noms dont il choisirait un pour le nommer membre du Conseil.
La réponse vint d’abord du Congrès régional de Rabat qui, réuni – comme prévu – le premier septembre, sous la présidence de A. Ibrahim, rendit public un communiqué où il déclarait qu’il rejetait toute constitution n’émanant pas d’une Assemblée constituante élue.
Le quotidien al-Ray al-Am mènera une campagne qui le fera suspendre à quatre reprises par les autorités. Son directeur, Ahmed Bensouda, ainsi que Abdelhadi Boutaleb, seront soumis à de telles pressions qu’ils finiront par céder, gelant leur activité au sein de l’UNFP. Al-Ray lui-même finira par disparaître, sabordé par son propre directeur Ben Souda, avant que al-Tahrir ne prenne à nouveau le relais (pour plus de détails, voir le second volume de cette série, p.p. 42 et suivantes).
Feu Mohamed V investira donc le Conseil constitutionnel – boycotté par l’UNFP – le 7 novembre 1960. Deux mois plus tard, le Conseil se réunissait pour élire son premier président. Mais Allal Fassi l’ayant emporté face à Mhammed Zeggari, wali de la Banque du Maroc, Mahjoubi Aherdane, Rachid Mouline et Maaninou se retireront, et avec eux les membres de leurs partis, respectivement le Mouvement Populaire, les Indépendants et le PDI. Comme Mohamed Hassan Ouazzani s’était auparavant retiré, arguant de ce que le Conseil – comme il le soulignait dans sa lettre de démission – n’était pas « conforme aux principes et méthodes de la démocratie constitutionnelle », ledit Conseil était bel et bien mort avant même que d’être né.
2- Décès de Mohamed V, et mémorandum historique
L’échec de cette expérience sera d’autant plus affligeant pour le roi qu’il était dû, non au seul boycott de l’UNFP, mais également à la sécession des adversaires mêmes de ce Parti.
En effet, la candidature de Mhammed Zeggari, homme connu pour ses relations avec le Palais, était censée dissuader tout concurrent éventuel. Mais comme Allal Fassi se porta candidat contre lui, finissant même par remporter la manche avec un grand écart de voix, et révélant par la même occasion des aberrations qu’aucune manœuvre ne pouvait plus aider à contourner, il ne restait plus aux adversaires classiques de l’Istiqlal – notamment Mahjoubi Aherdane du M.P., Maaninou du P.D.I., et surtout Rachid Mouline (autrement dit, Guédira, directeur du Cabinet du Prince héritier) des Indépendants – qu’à se retirer.
Mais le roi, qui avait percé la réalité des choses, se demandait déjà s’il ne valait pas mieux qu’au lieu des symptômes, l’on s’attaquât aux racines mêmes du mal. Après des consultations secrètes – dont certaines avec des dirigeants de l’UNFP – il décidera de mettre fin à la série de complots et de manœuvres qui avaient conduit le pays à cette situation de crise. Il méditait encore la question quand, sur une insistance injustifiée, il se laissera convaincre de subir une intervention chirurgicale – qui, de l’avis de la plupart des médecins marocains et étrangers, n’était pas nécessaire. En entrant donc dans la salle d’opérations, il avait la ferme intention de remédier à la situation politique dès qu’il se remettrait.
Cela ne devait jamais arriver, car le roi succombera à l’opération, le 2 mars 1961.
A cette occasion, le Secrétariat général de l’UNFP publiera un communiqué où l’on pourra lire, après les formules d’usage en pareille circonstance :
Après avoir passé en revue les données de la nouvelle situation, le Secrétariat général décide « la poursuite des démarches auprès de toutes les instances politiques, afin de conjuguer les efforts sur la base de ces deux points : 1- l’élection d’une Assemblée constituante, dans un délai n’excédant pas le temps nécessaire, du point de vue administratif et technique, à l’organisation de ces élections ; 2- l’investiture d’un gouvernement de transition ayant, entre autres charges, celle d’organiser ces élections, à condition qu’un texte légal définisse les compétences dont jouira ce gouvernement afin qu’il puisse remplir sa mission et être véritablement responsable devant le Roi et devant l’opinion publique. »
Le Prince héritier – désormais la Roi Hassan II – entreprendra, dès son intronisation comme successeur de son illustre père, de rencontrer les représentants des partis politiques, afin de recueillir leurs opinions respectives concernant la situation. C’est ainsi que, le 8 mars, cinq jours après le décès de feu Mohamed V, la délégation de l’UNFP, composée de MM. A. Bouabid, A. Youssoufi, M. Baçri et Dr Benlmoukhtar, sera reçue par le nouveau Roi, à qui elle exposera sans détour le point de vue du Parti.
Après en avoir pris connaissance, le roi exprimera son souhait de se faire soumettre par écrit le point de vue en question, ce que le Secrétariat général s’empressera de faire, présentant au souverain un mémorandum historique, qui met en balance le pouvoir démocratique et le pouvoir personnel, et soulignant la pertinence du premier choix.
En voici le texte :
« La Louange est à Dieu seul ;
A Sa Majesté le Roi Hassan II.
Suite à l’audience accordée par Votre Majesté le 8 mars 1961, lors de laquelle la délégation de l’UNFP a pu exposer à Votre Majesté le point de vue des instances responsables au sein du Parti sur la situation actuelle, nous avons l’honneur de soumettre à Votre Majesté le texte relatant ces points de vue, espérant avoir ainsi apporté notre concours à la cause nationale, en vue de la création d’institutions représentatives démocratiques, à même d’assurer la stabilité et l’efficacité de la gestion des affaires publiques dans notre pays. Par cette brève note, l’UNFP espère souligner certaines considérations que sa délégation avait exposées lors de l’audience accordée par Votre Majesté.
L’UNFP estime qu’une monarchie désireuse de s’assurer stabilité et pérennité au sein de nos traditions est appelée à asseoir des institutions représentatives, aptes à satisfaire la volonté, manifestée par le peuple, de participer à la gestion du pouvoir et au contrôle de l’action des gouvernants, car c’est ainsi que la société marocaine pourra devenir une société responsable, exerçant ses responsabilités tant au niveau intérieur qu’extérieur, par le biais de ses représentants élus.
D’aucuns prétendent, il est vrai, que seul un régime présidentiel ou personnel est à même de mobiliser le peuple pour faire face au sous-développement économique et déployer les efforts nécessaires dans ce sens. Les tenants de cette théorie citent, pour étayer leurs dires, des exemples de pays ayant récemment recouvré leur indépendance. Or, la comparaison est loin d’être pertinente, étant donné que le régime présidentiel est par sa nature même un régime temporaire, où le gouvernant unique assume personnellement toutes les responsabilités de gestion, et où toutes les structures du pouvoir s’effondrent dès que ce responsable unique n’est plus en place. Il est évidemment loin de ce genre de régime à la monarchie stable et durable que désirent les Marocains.
Certaines instances politiques aiment à répéter que l’élaboration d’une Constitution et l’instauration de la démocratie sont des revendications que partagent tous les courants politiques du pays, ajoutant que l’élection d’une Assemblée constituante n’est cependant pas une étape incontournable. L’UNFP estime qu’à moins d’être une erreur de jugement, cette assertion recèle une volonté de tergiversation. En effet, la manière même dont une Constitution est élaborée est en soi un principe, non une simple application de principe. La valeur réelle d’une institution est tributaire de la manière dont cette institution a été instaurée. Or, une Assemblée élue est la meilleure expression de l’entente entre un Souverain ayant résolu que c’est au peuple que revient de décider du fonctionnement des appareils économiques, sociaux et administratifs, et un peuple parfaitement conscient des responsabilités qui lui incombent.
Concernant le gouvernement lui-même, l’UNFP estime qu’il doit nécessairement être fondé de manière à pouvoir assumer ses responsabilités vis-à-vis du Roi et de l’opinion publique, en attendant que ces relations soient mieux définies quand la Constitution entrera en vigueur. Le communiqué de l’UNFP définit d’ailleurs les compétences dont nous jugeons nécessaire de doter l’institution gouvernementale durant cette période transitoire, qui doit prendre fin dès qu’il sera procédé à l’élection de l’Assemblée constituante. La stabilité et la continuité de la Monarchie – disons-le sans détour – sont incompatibles avec l’exercice direct du pouvoir par le Roi. Ceux qui prétendent le contraire ne cherchent qu’à éluder la responsabilité que chacun doit assumer vis-à-vis du Chef de l’Etat et vis-à-vis de l’opinion publique.
Cela dit, l’UNFP estime que la Révolution du Roi et du Peuple, qui fut le point de départ historique de la libération du pays, est un pacte toujours en vigueur, bâti sur la confiance réciproque entre le Roi et le peuple. Or, nul autre moyen n’est mieux à même de consolider cette confiance, que l’institution d’élections libres et universelles, qui puissent mettre fin à la confusion, en dotant le pays des institutions libres indispensables à la stabilité et à l’ordre. »
Fait le 13 mars 1961. Abderrahmane Youssoufi, pour le secrétariat général de l’UNFP.
Il fallait donc attendre la décision royale concernant le mémorandum de l’UNFP, tout comme il fallait attendre que s’écoule la période des quarante jours de deuil d’usage à la mémoire du roi défunt.
Mais cette période écoulée, quelqu’un devait bien briser le silence. C’est ce que je fis en publiant, le 7 avril 1961, dans al-Tahrir, sous la rubrique Bonjour, un article signé du pseudonyme Issam, dont voici le texte :
« Quarante jours se sont écoulés depuis que feu Mohamed V nous a quittés. Quarante jours longs et pénibles, durant lesquels la douleur la plus affligeante se sera mêlée au vide le plus déconcertant. Mais s’il sied de prendre le temps de méditer un événement aussi grandiose, le voyageur doit néanmoins continuer sa route, tant que le but qu’il aspire à atteindre reste bien défini.
Les masses populaires, engagées dans la lutte pour un avenir meilleur, se devaient de marquer un arrêt, afin de méditer comme il se doit le douloureux événement que fut le décès de feu Mohamed V, d’autant plus que cet événement aura marqué la fin d’une étape et le début d’une autre dans l’histoire de la lutte populaire au sein du Maroc moderne.
Mais aujourd’hui que la période de deuil s’est écoulée, que le peuple, ayant séché ses larmes, a porté son regard, l’espace d’un instant, sur le passé, afin d’évaluer l’étape qui vient de s’écouler, il se tourne à nouveau vers l’avenir, résolu à continuer la lutte avec une conscience et une vigilance toujours plus aiguës. »
3- Vers une unanimité nationale sur la nécessité de donner la parole au peuple
C’est sous ce titre que nous publiâmes, dans le numéro de al-Tahrir paru le 6 mai 1961, l’article dont le texte va suivre. En effet, de nombreuses instances politiques – dont des partis qui étaient dans le gouvernement – avaient commencé à constater, de près et de manière quotidienne, que le pays glissait dans une autocratie absolue, où les rênes du pouvoir étaient toutes aux mains de Rédha Guédira, qui était en même temps Président légal du gouvernement, Directeur général du Cabinet royal, du Cabinet du Chef du gouvernement (qui n’était autre que le Roi lui-même), ministre de l’Agriculture, de la Défense, de l’Intérieur, et ministre des Affaires étrangères par intérim !
Voici le texte de l’article :
« Avec le décès de feu Mohamed V, s’est tournée une nouvelle page de l’histoire du Maroc. Cela ne signifie point que ce que nous endurons aujourd’hui soit sans lien avec le passé. Bien au contraire, la lutte pour la démocratie avait commencé plus d’une année auparavant, lorsque l’UNFP avait placé la revendication relative dans son cadre véritable, en réclamant, au début du mois d’avril de l’année dernière, l’élection d’une Assemblée constituante.
Cependant, et bien que la bataille eût commencé depuis cette date, la présence de feu Mohamed V constituait – nous l’avions souvent répété – une sorte de garantie qui aidait à faire régner un climat de confiance, dans l’attente de l’instauration de la véritable garantie, celle que seules peuvent assurer des institutions représentatives nationales.
Cette garantie qu’offrait la présence de feu Mohamed V, était due à l’indubitable esprit démocratique dont jouissait le défunt Souverain, à son immense popularité – popularité qui n’était point usurpée – ainsi qu’à ses qualités personnelles, dont la bienveillance, la sagesse et la perspicacité n’étaient pas les moindres.
Tout cela réuni contribuait à instaurer un climat de confiance, réconfortait les espérances en un lendemain meilleur, et permettait surtout à la lutte pour la démocratie au Maroc de continuer à évoluer – quels qu’eussent été les entraves et obstacles – vers un objectif déterminé.
La certitude était installée que Mohamed V n’allait pas tarder à revenir, comme à son habitude, vers son peuple, comme il l’avait fait lors de toutes les batailles précédentes, balayant au passage tous les obstacles entravant la marche du peuple vers une vie démocratique saine et authentique.
Ce n’était un secret pour personne, en effet, que feu Mohamed V avait finalement pris la décision de mettre fin à l’expérience du Conseil constitutionnel désigné, pour entamer les procédures préliminaires devant conduire à l’élection d’une Assemblée constituante, chargée d’élaborer un projet de texte de constitution. Ce n’était non plus un secret pour personne que le défunt souverain avait évoqué cette question lors du conseil ministériel tenu juste avant son admission en clinique, et que malgré l’opposition rencontrée (de la part du Prince héritier), la mise en œuvre de cette résolution n’attendait plus que le rétablissement du roi pour devenir effective.
Mais l’annonce soudaine du décès du souverain venant mettre fin à la garantie qu’il représentait, il était normal que le peuple se tournât du côté de la garantie véritable et durable que peuvent offrir des institutions représentatives nationales, issues de la volonté populaire.
Dans la confusion causée par la douleur, l’incertitude et les rumeurs, l’UNFP se distingue en apportant la seule solution pratique, à même de mettre fin à cet état des choses : « la formation d’un gouvernement transitoire, aux compétences définies, lui permettant d’assumer pleinement ses responsabilités, avec pour mission première de procéder à l’organisation d’élections générales pour la constitution d’une Assemblée directement élue par le peuple, dans un délai qui n’excède pas le temps requis par les dispositions administratives. » Et afin de prouver ses bonnes intentions – si tant est qu’elles puissent être encore à prouver – l’UNFP a maintes fois répété, autant sur les colonnes de la presse s’exprimant en son nom, qu’à travers les déclarations de ses responsables, que la participation à ce gouvernement provisoire ne figure point parmi ses objectifs, qu’elle est prête à soutenir tout gouvernement apte à mener convenablement cette mission.
Par ailleurs, quelles que soient les réactions que cette proposition aura rencontrées, tant de la part des responsables que de celle des autres institutions nationales, les événements que notre pays a depuis lors connus tendent tous à prouver que ce fut là une proposition pertinente et pratique.
Il n’est nul besoin de citer des exemples pour prouver l’état de dégradation que le Maroc a vu s’instaurer durant les derniers mois écoulés. Bornons-nous à rappeler à ce propos, que le gouvernement du pays fonctionne sans président légal, et que pour pallier cet inconvénient, l’on n’a trouvé mieux que d’investir monsieur Rédha Guédira, le Directeur du Cabinet royal, des compétences inhérentes à ce poste…
Est-il besoin d’ajouter que les départements de l’Agriculture, de la Défense, de l’Enseignement, de l’Intérieur – le reste devant suivre – fonctionnent sans qu’il y ait personne à leur tête…
Pis encore, des signes commencent à transparaître, qui semblent indiquer une nette tendance vers l’instauration d’un pouvoir personnel absolu, l’Etat se voyant peu à peu dépouillé même de certains aspects formels qui jusque-là le rapprochaient un tant soit peu des Etats démocratiques modernes. Il suffit, pour s’en convaincre, de considérer les intentions évidentes de saper les acquis nationaux, de défaire la mobilisation populaire, et de chercher l’exemple dans des régimes corrompus que seules leurs connivences avec le colonialisme protègent de la colère de leurs peuples.
La liste s’allongerait à n’en point finir si nous voulions passer en revue tous les aspects de la corruption et la décadence que notre pays a connues, notamment durant les quelques mois qui viennent de s’écouler. Le résultat en est cette dépravation sans précédent à l’intérieur, et cette renommée peu brillante qui, à l’étranger, tend à remplacer celle acquise auparavant grâce à la haute conscience des Marocains et à l’universalité de leur Roi défunt Mohamed V.
Revenons-en à présent à la proposition avancée par l’UNFP au lendemain du décès de Mohamed V, afin de constater combien – malgré les réactions qu’elle avait alors pu susciter – les événements tendent de plus en plus à en prouver le bien-fondé.
Nous estimons que cette proposition est devenue, d’une manière ou d’une autre, la seule option envisageable, à laquelle appellent les autres institutions nationales et sur laquelle elles insistent désormais chaque jour. Ces institutions sont unanimes à réclamer la formation d’un gouvernement transitoire, aux compétences définies de manière à lui permettre d’assumer entièrement ses responsabilités, avec pour première mission d’organiser des élections universelles devant aboutir à l’instauration d’institutions représentatives nationales.
Et même si nous n’entendons ni ne lisons nulle part que la première institution représentative à devoir être élue est l’Assemblée constituante, nous sommes certains que c’est ainsi que tout processus démocratique doit commencer, et qu’à l’unanimité, ce point précis aura la priorité sur tout autre.
En effet, on ne combat pas le mal en en soignant les symptômes, mais bien en s’attaquant aux racines. Or, le régime bâti sur le pouvoir personnel a, de tous temps, été un mal, un régime corrompu auquel s’oppose le régime démocratique, où le dernier mot est donné au peuple, considéré comme la source de tous les pouvoirs, à commencer par le pouvoir législatif. Autrement dit, tant que le pouvoir législatif n’aura pas été rendu au peuple, le mal dont souffre le pays ne saurait être guéri. Cela implique que seule peut être valable une Constitution émanant de la volonté populaire et élaborée par des représentants directement élus par le peuple. Adhérer théoriquement à ce point de vue, quand les actes tangibles indiquent le contraire, c’est vouloir instaurer un état des choses aberrant, qui n’a aucune chance de durer, quels que puissent être les mobiles et les contraintes. Voilà pourquoi nous estimons que l’appel à l’élection d’une Assemblée constituante matérialiserait sans aucun doute le premier aspect de l’unité nationale, qui dès lors serait une réalité vécue et incontournable, étant donné que le consensus national est le rocher sur lequel viendraient se briser toutes les tentatives de subversion.
Sommes-nous aujourd’hui à l’aube d’une ère d’unanimité nationale sur des principes authentiques et des objectifs bien définis ? C’est ce que souhaite ardemment tout individu doté de bon sens et animé de bonnes intentions. »
4- La consécration d’un pouvoir personnel dirigé par Guédira
Le mémorandum de l’UNFP n’aura pas de suite. Les articles de al-Tahrir ne réussiront pas à endiguer le glissement rapide du pays vers le pouvoir personnel absolu. Le gouvernement que présidait le Prince héritier du vivant de son père restera le même, sous la présidence de S.M. le Roi Hassan II. Puis, quand l’expérience aura prouvé l’incompatibilité des fonctions du Roi avec celles du Premier ministre, Sa Majesté nommera M. Rédha Guédira, (ex-Directeur du Cabinet du Prince héritier et ex-ministre de l’Agriculture) au poste de Directeur général du Cabinet royal, après l’avoir auparavant nommé ministre de l’Intérieur, suite au décès de Mbarek Bekkay.
Le 7 juin 1961, le souverain procédera à un remaniement du gouvernement, y intégrant tous les dirigeants des partis politiques, à l’exception de ceux de l’UNFP. C’est ainsi que Allal Fassi sera nommé ministre des Affaires islamiques, Mohamed Hassan Ouazzani, ministre d’Etat, Mahjoubi Aherdane à la tête du département de la Défense, et Abdelkrim Khatib aux Affaires africaines, le portefeuille de l’Enseignement échouant à Mohamed Rachid Mouline.
Guédira – à qui le roi avait délégué le pouvoir de signer les arrêtés au nom du Chef du gouvernement, c’est à dire au nom du roi, maître absolu du pays – et qui cumulait désormais les fonctions de Président légal du gouvernement, de Directeur général du Cabinet royal et du Cabinet du Chef du gouvernement (qui n’était autre que le Roi lui-même), de ministre de l’Agriculture, de la Défense, de l’Intérieur, et de ministre des Affaires étrangères par intérim, était la personnification même du pouvoir personnel. En agissant ainsi, le roi optait pour le pouvoir personnel, rejetant le principe du pouvoir démocratique sur lequel insistait le mémorandum de l’UNFP. Les expressions pouvoir personnel et pouvoir absolu reviendront dès lors dans les communiqués du Parti comme sur les pages de al-Tahrir, descriptions d’un fait accompli que personne ne faisait même plus semblant d’ignorer.
Puis des rumeurs se mettront à circuler – selon lesquelles ce gouvernement allait être chargé d’élaborer un texte de Constitution concédée par le pouvoir – suivies de peu par la publication d’un Statut fondateur, censé tenir lieu de Constitution provisoire en attendant l’élaboration du texte définitif. Ressentant la nécessité de réagir contre ces dispositions antidémocratiques, le Conseil national de l’UNFP organisera, les 17 et 18 juin 1961, un colloque de deux jours, à l’issue duquel un communiqué sera publié, où l’on pourra lire notamment :
« Le Conseil national décide :
1- d’assumer – en plus de celle du porte-parole des masses populaires – la tâche de mobilisateur de ces masses pour la lutte contre le pouvoir personnel, et pour la restitution du pouvoir au peuple, étant donné que c’est du peuple qu’émanent tous les pouvoirs.
2- de déléguer au Secrétariat général tout pouvoir de dresser un plan de campagne et de définir les champs où les masses populaires devront, aux niveaux local et national, exercer des actions ponctuelles et contrôlées, visant à leur faire recouvrer leurs droits. »
Suite à ce communiqué, la presse de Guédira et de Ahmed Alaoui, ainsi que la radio nationale, lanceront contre l’UNFP une campagne enfiévrée, à laquelle la presse du Parti donnera la réplique. S’ensuivra une véritable joute verbale, dont les étapes seraient trop longues à narrer, ce pourquoi nous nous contenterons d’en citer quelques exemples plus loin.
Puis vint l’année 1962, annoncée comme devant être celle de la Constitution et des instances représentatives. En effet, le défunt roi avait, les tout premiers jours de l’expérience du pouvoir personnel, promis que le pays allait être doté, dès 1962, de ces atouts démocratiques. Son successeur, feu Hassan II, confirmera cette promesse, annonçant à plus d’une reprise sa réalisation pour avant la fin de l’année en question.
Mais voilà que l’année tant attendue commençait, sans que rien ne vînt indiquer que la promesse allait être tenue. Pis encore, on entendra dire qu’à une question posée par une chaîne de télévision européenne à propos de cet ajournement de la démocratie revendiquée par l’opposition, le roi aurait répondu : « C’est que l’opposition n’a pas exprimé son point de vue, ou du moins n’a pas su l’exprimer correctement » !
Pour clarifier la situation et mettre un terme à tout malentendu, le Secrétariat général de l’UNFP décidera de publier le texte du mémorandum qu’il avait auparavant présenté à Sa Majesté suite aux consultations qu’elle avait entreprises lors du décès de feu Mohamed V (voir plus haut). Le texte paraîtra effectivement sur les pages de al-Tahrir, en février 1962.
5- Après un an de pouvoir personnel
Une année s’étant écoulée depuis que le Maroc avait été sciemment engagé dans cette expérience du pouvoir personnel, il était nécessaire de faire le bilan de cette période, d’où l’article suivant, que nous publiâmes le 2 mars 1962 :
« Un an après le décès de feu Mohamed V, voilà que nous achevons notre septième année d’indépendance. Un regard sur notre présent suffit à se convaincre qu’aucun signe d’espoir n’est au rendez-vous, et un coup d’œil sur notre passé suffit à se rendre compte des opportunités perdues et des efforts rendus vains. Quant à l’avenir, nous n’osons même pas l’envisager, par peur d’une déception encore plus amère, car nous savons pertinemment que nos responsables n’ont rien préparé pour cet avenir, ni rien prévu qui eût pu mettre le peuple en confiance.
Pourtant, et dès l’aube de l’indépendance, la voie était clairement définie. Il nous eût suffi de l’emprunter en toute confiance, sans hésiter ni perdre de temps.
Qu’est-ce qui a donc bien pu, dès les premiers pas, entraver notre marche ?
Passe encore pour les années qui suivirent immédiatement l’indépendance : on arguera du manque d’expérience. D’ailleurs, nous n’aurions point à émettre ces remarques si, de leurs premiers tâtonnements, les responsables avaient su tirer les leçons, rectifiant au fur et à mesure leur manière de gouverner.
Mais ce n’est point là notre objet, que de passer en revue tous les aspects de cette décadence. Par ces propos, nous voudrions surtout nous interroger sur l’instauration du pouvoir personnel, et analyser, à la lumière de l’expérience vécue, un aspect de ce pouvoir : celui de la relation qu’il aura entretenue avec les instances élues durant ces deux dernières années, car ces relations constituent le véritable critère selon lequel doit être mesurée l’intensité de la tendance « démocratique » qui marque le pouvoir personnel dans notre pays depuis mai 1960 (renvoi du gouvernement Ibrahim).
Comment le premier gouvernement présidé par le roi fut-il constitué ?
Mais d’abord, comment le pouvoir personnel vit-il le jour ? Quelles sont les raisons politiques qui rendirent sa naissance possible ? Mohamed V était-il vraiment obligé de l’instaurer, ou bien prit-il cette décision sous l’influence de quelque image déformée lui ayant été brossée de la vérité ?
Référons-nous aux documents officiels, afin de faire recouvrer la mémoire à quiconque l’aurait perdue.
Le gouvernement Ibrahim fut investi le 24 décembre 1958. Lors de la cérémonie d’investiture, S.M. le Roi Mohamed V donna un discours dont voici un extrait :
« Nous avons donc décidé de former ce nouveau gouvernement, dont nous confions la présidence à M. Abdallah Ibrahim, afin qu’il puisse s’acquitter à terme des responsabilités de l’Etat, et veiller à la réalisation des objectifs suivants : 1- Poursuivre la mise en application des programmes politiques, économiques et sociaux ; 2- Prendre les dispositions nécessaires pour assurer un emploi au plus grand nombre possible d’ouvriers ; 3- Poursuivre la mise en application de la promesse royale de procéder, avant la fin de l’année 1959, à des élections communales, afin de définir avec précision les tendances et courants animant l’opinion publique nationale, condition nécessaire à l’institution d’un gouvernement représentatif. »
Le discours royal laissait donc entendre, sans équivoque, que la mission du gouvernement Ibrahim était de préparer les élections et de veiller à leur bon déroulement, afin qu’elles pussent révéler avec précision la carte politique du pays, sur la base de laquelle un gouvernement représentatif eût pu être formé.
La tournure que prendront les événements sera toute différente. Le gouvernement, renvoyé avant les élections, sera remplacé, sans aucune raison plausible, par un pouvoir personnel.
Or, nul n’ignore que, mues par leur crainte des retombées de cette consultation populaire, certaines personnalités politiques auront réussi à influencer le défunt roi, lui faisant adopter une décision allant à l’encontre de son engagement précédent à former un gouvernement représentatif. Mais conscient, dès les premières semaines de l’expérience du pouvoir personnel, de l’iniquité de cette décision – qu’il avait prise sous l’influence de parties connues, dont essentiellement le Prince héritier à l’époque – le défunt souverain avait décidé d’y mettre un terme. Il communiqua d’ailleurs sa décision lors d’un conseil de gouvernement auquel assistaient tous les ministres, et il ne fait aucun doute qu’il avait décidé de changer de politique et de plan d’action dès sa sortie de clinique, la nouvelle politique qu’il escomptait d’adopter étant bien évidemment le retour au principe du gouvernement représentatif, chargé d’organiser des élections devant conduire à l’institution d’une Assemblée constituante.
Quoi qu’il en fût, Mohamed V avait fini par comprendre que cette situation ne pouvait durer, que sa position de monarque était incompatible avec les responsabilités de Premier ministre qu’il assumait.
Le sort en avait décidé autrement ; le regretté souverain devait décéder des suites de l’opération…
Le pouvoir personnel après le décès de Mohamed V
Avec le décès de feu Mohamed V, l’expérience du pouvoir personnel allait entamer une nouvelle phase de son évolution.
En effet, nous escomptions que le nouveau roi tirerait les enseignements de circonstance, et mettrait en application le plan de son défunt père, consistant à séparer les pouvoirs législatif et exécutif, en attendant que des élections universelles aboutissent à l’institution d’une Assemblée constituante. Nous espérions qu’il allait respecter les termes du message de son illustre père, message qui tenait lieu de testament.
Voilà pourquoi des contacts allaient être établis entre les responsables de l’UNFP et le nouveau roi, comme en atteste cet extrait du mémorandum qui lui fut soumis dès le 13 mars 1962 par le Secrétariat général de l’Union, et où l’on pouvait lire : « La stabilité et la continuité de la Monarchie – disons-le sans détour – sont incompatibles avec l’exercice direct du pouvoir par le Roi. Ceux qui prétendent le contraire ne cherchent qu’à éluder la responsabilité que chacun doit assumer vis-à-vis du chef de l’Etat et vis-à-vis de l’opinion publique. »
A cette occasion, l’UNFP se déclarera sans équivoque prête à assumer pleinement ses responsabilités politiques, pour peu que les conditions requises soient réalisées, et que les dispositions nouvelles répondent à la volonté populaire manifeste de l’instauration d’un pouvoir constitutionnel.
Grande allait être la déception des représentants de l’UNFP, qui pourtant avaient conçu un semblant d’espoir lorsque le roi, à l’issue de la rencontre, leur avait laissé entendre sa disposition à organiser des élections générales durant les semaines à venir, leur assurant qu’il avait définitivement abandonné l’idée du pouvoir personnel. Quelques semaines à peine plus tard, un nouveau gouvernement était mis en place, sans que l’UNFP fût seulement consultée, en flagrante contradiction avec ce à quoi avaient abouti les entretiens de ses dirigeants avec le Chef de l’Etat. Plus encore, les membres des partis ayant pris part à ce gouvernement le faisaient de manière individuelle, ce qui dispensait ce dernier de toute contrainte de programme ou de plan, aboutissant à une forme de pouvoir encore plus personnelle et plus réactionnaire que celle instaurée sous Mohamed V.
Ce sont là des faits que nul n’ignore plus parmi nos concitoyens. Nous n’y serions d’ailleurs nullement revenus si une chaîne étrangère n’avait diffusé une interview où l’on entend le Chef de l’Etat dire qu’il ne sait « rien des programmes de l’opposition ni de ses points de vue ». Or, depuis le début de l’expérience du pouvoir personnel, l’UNFP n’a cessé d’assumer ses responsabilités de mouvement politique conscient de son devoir d’être au service du peuple, toujours disposé à signaler les erreurs des responsables, à donner son point de vue sur les questions nationales, et jouant son rôle d’opposant impartial, sincère et consciencieux.
Si le pouvoir personnel refuse de considérer l’opposition d’un œil objectif, c’est qu’il a donc d’autres finalités.
On est en droit de se demander lesquelles.
Le pouvoir personnel est en réalité un pouvoir qui a été fondé dans le seul dessein de faire entrave à l’idée de démocratie et à tout programme visant à restituer au peuple sa souveraineté et aux représentants de la nation leur droit de contrôle sur les gouvernants. Nous estimons, pour notre part, que c’est du peuple qu’émanent tous les pouvoirs, et que c’est à lui, et à lui seul, qu’il appartient de se doter, à travers ses représentants, du gouvernement et des appareils administratifs qui pourront, sous le contrôle du peuple, œuvrer à satisfaire ses aspirations au développement et à la justice sociale. Les adeptes du pouvoir personnel n’ont, eux, qu’un souci : celui de différer indéfiniment les élections, afin de pouvoir mieux dénier au peuple son droit légitime à l’exercice du pouvoir.
Le parti-pris du pouvoir personnel
C’est de ce point précis que commence l’antagonisme entre le pouvoir personnel et le mouvement progressiste. Comme nous l’avions prévu, et en parfaite harmonie avec tout pouvoir personnel, le Chef de l’Etat a pris parti dans cette lutte. En cela, il ne diffère plus en rien d’un leader de parti politique, défendant les thèses de son propre parti et cherchant à infirmer celles des autres. En agissant ainsi, le Chef de l’Etat perd son statut d’arbitre impartial, situation qui d’ailleurs se reflète sur tous les aspects de l’activité étatique. Citons-en quelques exemples :
La fonction publique
Elle a perdu son sens véritable, ainsi que tout ce qui la préservait des dérapages et abus. Le seul souci du pouvoir personnel est à présent de poursuivre tout fonctionnaire soupçonné de progressisme ou ayant fait preuve d’un minimum d’honnêteté et de courage. Depuis plus d’un an maintenant, les fonctionnaires les plus honnêtes sont chassés des services publics, sans avoir commis d’autre méfait que de s’être rangés du côté de l’opposition et d’avoir osé défendre ses idées. Le motif évoqué est toujours le même : viol du « statut » de la fonction publique. Or, quel sens peut bien avoir désormais l’idée même de l’Etat, quand les critères reconnus dans la fonction publique ne sont plus la compétence, l’expérience et l’aptitude, mais bien la conformité aux vues des gouvernants ? Dans ces conditions, et au lieu d’avoir celle de veiller sur les intérêts de la nation, la fonction publique n’a plus pour charge que de veiller au maintien du statu quo.
Les instances représentatives : les Conseils communaux et les Chambres du Commerce
Créées en vertu de textes de lois, ces instances sont d’habitude investies de compétences que leur délègue l’Etat, garant et protecteur de ces compétences.
Mais lorsque les résultats des élections viendront à donner l’avantage au courant progressiste, le pouvoir personnel se révèlera incapable de respecter les lois qu’il avait lui-même édictées. C’est ainsi que les Chambres du Commerce, par exemple, ne sont plus consultées à propos des projets économiques, commerciaux et financiers, comme la loi le stipule, tandis que certains commerçants – connus pour avoir lamentablement échoué lors des élections, et ne représentant donc qu’eux-mêmes – sont, eux, consultés. Des parties étrangères au pays participent même à ces consultations, à l’exclusion des Chambres élues, dont le seul méfait est d’appartenir – ou d’avoir osé manifester le moindre signe de sympathie – à un mouvement politique qui revendique l’instauration d’un pouvoir représentatif sur la base d’élections générales.
L’on pourrait en dire de même des Conseils communaux. En effet, et dès que les résultats des élections se seront révélés être en faveur de la tendance progressiste, une loi sera promulguée qui restreindra les compétence de ces Conseils, les plaçant sous la domination d’une administration rongée par la corruption, la dépravation et l’incompétence.
L’unité syndicale
Sur le plan syndical, le pouvoir personnel a clairement montré son hostilité et sa partialité en instaurant, en finançant et en soutenant, par tous les moyens dont dispose l’Etat, un faux syndicat, dépourvu de tout plan d’action, et n’ayant d’autre objectif que de soutenir l’autocratie en s’efforçant de semer la discorde parmi les forces ouvrières. L’existence d’un tel syndicat ne saurait s’expliquer par la liberté syndicale. Cette liberté suppose en effet la non-intervention de l’Etat – et surtout de son chef – dans ce domaine. Or, les lecteurs savent pertinemment que les services gouvernementaux s’efforcent de créer partout de faux syndicats auxquels ils dispensent sans réserve aide et soutien.
En un mot, l’Etat aurait eu beaucoup à gagner à une interaction saine et véritable entre le pouvoir en place et l’opposition, par le biais des instances élues en vertu de lois légalement édictées. Cette coopération aurait même pu atténuer la lourde présence de l’Etat, et prémunir le pays, ses appareils et institutions, contre la dépravation qu’ils connaissent aujourd’hui.
L’expérience de toute une année aura au contraire prouvé que, par sa nature même, le Pouvoir est incapable de supporter un tel état des choses. Non content de s’opposer à l’instauration d’un pouvoir démocratique au niveau national, il en arrive en effet à renier les droits et compétences mêmes des instances représentatives locales, au mépris de toutes les lois, comme mû par quelque inavouable dessein de prouver que l’exercice du pouvoir au niveau local, provincial ou national, par les représentants de la nation, ne saurait être concluant. Seulement, la conscience populaire a depuis considérablement évolué, et le peuple est désormais capable de percer les véritables intentions des gouvernants. A preuve, les instances élues dans les campagnes, naguère sans aucun lien avec l’UNFP, qui en épousent aujourd’hui les idées et adoptent les solutions. Nous ne doutons point que l’expérience de ce Conseil profitera au mouvement progressiste dans les combats à venir.